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Le culte du décibel

Lorsque je me rends chez ma kiné, je suis toujours surpris par l'ambiance sonore qui règne dans un lieu qui devrait être consacré à la détente où un personnel soignant devrait être sensibilisé à la dangerosité de l'excès de décibels.
Deux enceintes reliées à un ordinateur tentent de rivaliser avec le bruit des divers appareils et d'éventuelles conversations. Et, quand je suggère de diminuer un peu le volume, on me demande de m'assurer que ça ne gène pas les autres patients.
C'est comme si un non fumeur devait demander l'autorisation de ne pas fumer.
Mais c'est ainsi, et c'est assez remarquable dans certains magasins où quand une publicité interrompt un prélude de Bach par une musique synthétique diffusée à grand renfort de décibels. C'est aussi dans certaines voitures dont l'autoradio fait plus de bruit que le moteur. On imagine l'enfer que ça doit être à l'intérieur et les conséquences sur la capacité du conducteur à réagir à un imprévu.
Pour beaucoup, la qualité de la musique se mesure en décibels. Faut que ça cogne ! La pression sonore dans certains concerts et dans les boites de nuits dépasse les 115 décibels. Le seuil de douleur se situe à 120 et on sait qu'au-delà de 90 décibels, le bruit est dangereux pour les oreilles, qu'elle détruit les cils microscopiques qui tapissent notre oreille interne et que ces dégâts sont irrémédiable. Sans parler de la nervosité, voir de l'agressivité que ça engendre.
Nous vivons et éduquons nos enfants dans une ambiance sonore répétitive, sans nuances, presque abêtissante et aussi agressive par les textes de certaines chansons que par le volume sonore.
On se soule au décibel comme on se droguait au LSD, et plus on s'y accoutume, plus il nous en faut. Et par la même occasion on inocule cette dépendance à son entourage, à sa famille, ses enfants. Cette accoutumance induit le besoin d'augmenter sans cesse ses doses de décibels jusqu'à l'overdose.
Aujourd'hui, on ne demande plus : "Est-ce que le bruit vous dérange ?" Mais : "Est-ce que le silence vous gêne?"
Je me demande parfois s'il n'y a pas là une volonté de nos dirigeants de créer un peuple abrutis par le bruit et des rythmiques entêtantes et uniformes. Des moutons beaucoup plus faciles à manœuvrer.

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